Le cuir, matière noble des souliers de qualité depuis des siècles.

Dernière mise à jour : 22 août

Le cuir dispose de propriétés uniques permettant de réaliser de somptueux objets (souliers, accessoires, vêtements). Au travers de ce dossier, (re)découvrez tous les savoir-faire liés à cette matière d’exception, de la sélection des peaux aux ultimes finitions de la patine en passant par le tannage.

 

Il est l'une des plus nobles matières que l'on puisse trouver. Texturé ou lisse, vif ou sobre, glacé ou mat… Le cuir permet aux artisans d’hier et d’aujourd’hui de façonner les plus beaux objets, et offre à celui qui les porte une pléthore de qualités que l’on va aborder au fil de ces lignes.

Richelieu Aubercy Swann
Les Swann fabriquées par Aubercy. Un cuir somptueux, un savoir-faire exceptionnel. Que demander de plus ? ©Aubercy

Auparavant, notons que le cuir n’est pas une matière comme les autres en raison, notamment, de son origine animale. Si l’Histoire montre que l’Humain a également su travailler des matières végétales pour la fabrication de souliers divers, il affirme néanmoins une nette préférence pour les peaux, en particulier dans les sociétés Occidentales. La robustesse et la durabilité dans le temps de cette matière servent à fabriquer de solides souliers avec d’infinies variations esthétiques fortes intéressantes.

Chaussures la plus ancienne du monde
Le plus ancien soulier du monde a 5500 ans, et est fabriqué à partir de cuir, évidemment. ©BBC

L'on admet la primauté de contrées comme la France, l’Italie et le Royaume-Uni dans le travail du cuir, ce qui explique leur écrasante présence à la suite du « Made in » figurant sur la plupart des étiquettes d'objets luxueux réalisés dans cette matière. Point de dogme dans cette affirmation, car à n’en pas douter, le monde regorge d’artisans passionnés et experts, parfois anonymes... Mais une fois de plus, l’Histoire vient témoigner de cette prédominance européenne dans le domaine qui nous intéresse en l’espèce.


Tannage du cuir en Europe au Moyen-Âge et Renaissance
Français, italiens et anglais cultivent des savoir-faire en travail du cuir depuis le Moyen-âge puis la Renaissance où l'industrie du cuir a connu d'importants développements. Gravure d'une mégisserie parisienne.

Pour conclure cette introduction, nous tenions à évoquer l’aspect éthique et environnemental lié à l’usage du cuir. Plutôt que d’éluder la question, ou de tourner autour du pot, il nous semble en effet plus honnête de mettre les pieds dans le plat, car les questions sont tout à fait légitimes.

Oui, le cuir est une peau, et son traitement est polluant selon les méthodes utilisées. Donc non, son usage n’est pas neutre, quel que soit l’angle choisi pour aborder cette question. Mais la conviction qui est la nôtre repose aussi sur une passion pour ce qui dure et se transmet. Par conséquent, en partant du principe qu’un cuir de première qualité ne s’obtient qu’à partir d’un animal bien nourri et bien traité tout au long de sa vie, et que c’est une matière extrêmement durable dans le temps, nous avons la conviction qu’une paire de souliers de cuir véritable achetée dans l’optique d’être portée des années est préférable à l’achat de paires de moindre qualité ou en matière synthétiques qui n’égaleront jamais la durée de vie d’un produit réalisé en cuir.

Cela vaut sans même parler du fait que la fabrication de certaines matières synthétiques peut être discutable tant sur le plan éthique (Origine de la matière ? Conditions de travail ? Toxicité ?) qu’environnemental (Exploitation de ressources non renouvelables ? Pollution liée aux substances utilisées ? Fin de cycle de vie du produit ?).

Produits chimique fabrication cuir synthétique
Colle, polymer, polyuréthane, silicon... Si éthiquement le cuir synthétique ne génère aucune mise à mort, des questions se posent quant aux substances utilisées pour le fabriquer et à leur impact environnemental. ©Rita Amaro on Pinterest

Il va de soi que dans le cadre du marché de la seconde main, la présence du cuir apparait d’autant plus pertinente que les considérations éthiques et environnementales changent totalement. Un produit déjà fabriqué, qui a été restauré, génère un impact moindre... Sans pour autant que les considérations esthétiques, pratiques ou techniques soient altérées.

Ces éléments sont, bien sûr, discutables et n’ont pas vocation à faire office de vérité universelle… Mais nous souhaitons conserver une approche authentique, sincère et passionnée de notre métier, ce qui nous conduit à partager notre vision en toute honnêteté.

Mais il est temps maintenant d’entrer dans le vif du sujet afin, là encore, de partager les connaissances et l’expertise qui sont les nôtres pour cette matière unique qu'est le cuir… quoiqu’il regroupe, en fait, une très grande diversité de peaux. Pour commencer nous verrons comment celles-ci sont triées, sélectionnées et tannées.

En second lieu, c’est aux différents types de cuirs et finitions que l’on s’intéressera, de manière à comprendre les spécificités de chacun.

Enfin, tant pour le plaisir que par nécessité, nous aborderons ces détails et finitions qui font les plus beaux cuirs et souliers.

1 Au commencement : la sélection des peaux et les différentes étapes du tannage.

"Fabriquer" du cuir suppose un travail comportant une multitude d’étapes et de méthodes… avec, à l'arrivée, des qualités variables. La matière devient rare… à moins que ce ne soit la demande qui ne cesse de croître, créant de facto une certaine rareté de la matière. Rappelons, en guise d’explication sommaire, qu’il y a encore une vingtaine d’années, le luxe n’était ni un secteur ni une industrie, c’était une niche. Si Arnault et Pinault avaient déjà commencé à racheter pour optimiser dans tous les sens, le luxe restait dominé par des maisons au sein desquelles les créateurs étaient maîtres à bord.

Sacs de luxe Prada, Saint Laurent, Gucci, Celine, Louis Vuitton
Plus de tendance, plus d'achats, plus de cuir. Le sac est un produit stratégique pour les marques de luxe qui en produisent des quantités astronomiques. ©Fromluxewithlove

Aujourd’hui, l’hyper industrialisation des marques a généré un changement de stratégie : la passion pour la création et le travail bien fait ont souvent été relégués au second plan, dépassés par la course à la croissance du CA et aux marges. Par conséquent, les volumes de production se sont considérablement accrus, et lorsqu’il n'y avait que deux collections par an il y a encore 15 ans de cela, on constate que certaines marques “de luxe” ont aujourd'hui jusqu'à 12 livraisons de collections par an.

Plus de demande, donc... Mais pas nécessairement les capacités et les savoir-faire pour y répondre. Nous pourrions évoquer ces horreurs éthiques, environnementales et esthétiques provenant du Bangladesh ou du Pakistan… Mais dire qu’à l’œil déjà ce type de matière dérange est bien suffisant.

Conditions de travail tannerie Bengladesh cuir
Des images écoeurantes d'ouvriers qui sont exposés à des dizaines de substances hautement toxiques. ©MrMondialisation

Dans ce contexte concurrentiel, les tanneries (veau et autres bovins) et mégisseries (agneaux, moutons…) françaises ou italiennes disposant de savoir-faire reconnus ont souvent été rachetées par de grandes marques qui souhaitaient sécuriser leurs approvisionnements et s’assurer une maitrise de la qualité de leurs peaux. LVMH a acheté la tannerie Roux de Romans tandis qu’Hermès s’est offert la tannerie d’Annonay en Ardèche. Les cuirs de la meilleure qualité s’arrachent à prix d'or (ou de cuir), ce qui complexifie la tâche des maisons encore indépendantes et des petits bottiers souhaitant se procurer du premier choix. Juste avant de voir comment s'obtient ce cuir tant convoité, bref retour aux sources d'une peau de qualité.


  • Aux origines des beaux cuirs, il y a de beaux animaux.

Reprenons un élément évoqué précédemment : un beau cuir, c’est avant tout une belle peau. Les éraflures, morsures et piqûres constituant des défauts, une bête parquée dans un hangar avec des centaines de ses congénères ne peut offrir les cuirs immaculés que l’on apprécie tant. Le pré requis est donc avant tout un animal “heureux”, bien nourri et éloigné de tout barbelé. Le stress fait également partie des facteurs susceptibles d’altérer la qualité de la peau.

En fait, certains l’ont peut-être déjà compris : de la même manière que la peau et les cheveux disent beaucoup sur la qualité de vie d’un humain, le cuir et la fourrure sont les témoins de ce que vit un animal. Les “bêtes à cuir” sont d’ailleurs également en Europe des “bêtes à viande” de qualité.

Industrie du cuir élevages veau
L'élevage en plein air est un pré requis pour obtenir un cuir de qualité. Même si ça reste de l'élevage... ©Web-agri

A la suite de l'inévitable mise à mort de l'animal, la peau prélevée, celle-ci sera débarrassée des éléments superflus (poils, graisse…) lors de l'étape du travail de rivière. Mais celle qui nous intéresse particulièrement, celle qui va figer la beauté de la peau pour l’éternité ou presque, s’appelle le tannage.


  • “Figer” la peau pour en faire du cuir : l’étape du tannage… ou des tannages

Concrètement, cela consiste à immerger la matière dans diverses substances plus ou moins cleans. L’on devrait d’ailleurs parler de "tannages" au pluriel, car il en existe deux sortes, selon que l’origine des tanins soit chimique ou végétale.


Le tannage minéral

Il s’effectue à partir de tanins chimiques (dont les sels de chrome) et présente plusieurs avantages : il est plus rapide à réaliser que son pendant végétal et produit un cuir robuste. Le travail de teinte sera facilité par le possible recours à des colorants eux aussi chimiques, ce qui accroit l’éventail des possibilités chromatiques. Le box calf ou veau box dont on reparlera plus bas s’obtient à partir de cette méthode de tannage.

Peaux cuir cuves foulon
Les peaux sont trempées dans ces cuves que l'on appelle des foulons. ©Noémie Daval

C’est en revanche un procédé polluant, et particulièrement toxique pour celles et ceux qui le réalisent. J’évoquais le Bangladesh tout à l’heure : on a pu voir des images d’adolescents qui pataugeaient dans des bains de sels de chrome pour remuer les cuirs, ce qui est d’une dangerosité sans nom. En outre, pour revenir à la matière en elle-même, sachez que le cuir chromé est assez rigide.

Box calf noir tannerie Weinheimer
L'aspect brillant, la teinte profonde et homogène ou encore cette tenue assez rigide caractérisent le veau box. Ici le célèbre box calf noir de la tannerie allemande Weinheimer ©Tatraleather

Le tannage végétal

L’approche est ici différente, bien que le procédé s’avère relativement proche du tannage minéral. Ce sont les tanins et donc les substances utilisées qui vont varier, ces premiers étant ici d’origine…végétale (on pouvait le voir venir de loin). Ce traitement plus doux, mais également plus long que le premier et plus onéreux, est en règle générale réservé aux plus belles peaux dont le toucher et l’aspect naturels seront préservés. Cela explique qu’une maison comme Hermès privilégie ce type de tannage et que l'on ne trouve pas ce type de peaux (sauf exception) dans les segments bas de gamme.

Tannage végétal du cuir avec tanins
Les écorces d'arbre comme le marronnier ou les poudres de mimosa entrent dans la liste des tanins végétaux utilisés encore aujourd'hui. ©Jeff Boudereau

Entendons-nous bien : quelle que soit la méthode mobilisée, le cuir peut être d’une très grande qualité. Le tannage minéral doit cependant sa popularité dans l’univers du soulier de qualité au rendu de texture favorisant le travail de teinture ainsi qu'à la robustesse procurée au cuir, tandis que le toucher et la souplesse des peaux au tannage végétal sont plus appréciés pour certains produits de maroquinerie ou pour le prêt à porter.


Cette étape était la plus technique concernant le travail du cuir. Penchons-nous maintenant sur les différentes variétés de cuir que l’on peut retrouver.

2 Les différentes variétés et finitions de peaux et leurs propriétés.


Les peaux sont de qualités variables, nous l’avons dit. L’objectif de ce second volet est d’en apprendre davantage sur les variétés de cuir que l’on peut trouver sur le marché. Avant de rentrer dans le détail des différentes variétés utilisées, nous ferons un point sur les différentes épaisseurs et couches des cuirs.


  • Pleine fleur, fleur corrigée… Point lexical.

Nous évoquions le tannage précédemment mais il faut savoir que toutes les peaux ne sont pas traitées de la même manière en ce qui concerne la conservation ou non de leurs différentes couches. On peut distinguer grossièrement trois catégories de cuirs :


- Le cuir pleine fleur aniline (ou cuir plongé) conserve toutes les couches d'une peau qui se doit d’être d’une excellente qualité et sans défaut. Il sera simplement teinté dans la masse et plongé (!) dans un bain de pigments, avec parfois juste une légère finition transparente. Le Nappa est très proche de cette finition, à ceci près qu’il est un tout petit peu plus protégé que ne peut l’être le plongé.

Cuir gras teinté dans le masse tannerie Degermann
Toutes les couches du pleine fleur plongé sont conservées... Parfait pour les souliers et maroquinerie. © TannerieDegermann

Ces type de traitement est essentiellement utilisé en prêt à porter et parfois en maroquinerie, car il est très souvent réalisé à partir d’agneau ou de chèvre afin de valoriser leur finesse et leur souplesse… Qualités moins intéressantes dans l’univers du soulier, vous le savez désormais.


- Le cuir à fleur corrigée et la croûte de cuir sont d’une qualité inférieure, puisque la couche supérieure comporte des défauts et sera donc retirée. Mais pour conserver l’uniformité de l’aspect, un enduit coloré sera appliqué en surface. L’aspect est évidemment beaucoup moins naturel.

Différence pleine fleur vs fleur corrigée
Pour bien comprendre la différence. ©outiloisirs

- Le cuir bookbindé est la moins noble des finitions, puisque là on vient retirer les parties supérieures d’une peau trop abîmée que l’on recouvre ensuite d’un enduit très épais. Ce n’est, pour ainsi dire, presque plus du cuir puisque celui–ci disparait sous un épais voile plastifié… Aucun intérêt, cette photo se passe de commentaire...

Cuir bookbindé qualité peau
Aspect cartonné, plastifié... Le pire du cuir. ©Decocuir

A côté de cela, on trouvera des cuirs nubuck et velours, caractéristiques de par leur toucher…velours. Le premier offre souvent un velouté plus fin et une fabrication avec une peau de bonne qualité, tandis que le velours est un peu moins noble : au lieu d’être poncé côté fleur, il est retourné pour que le côté chair, qui n’a pas de défaut, soit visible.


Suede Calf suede Crockett & Jones
Un beau veau velours, doux rien qu'à la vue... ©CrockettandJones

Finalement, l’usage et la finitions dépendront avant tout du type de cuir et de ses propriétés, ce que l’on va voir maintenant.

  • Veau, agneau, cerf, chèvre… Reconnaitre les différents cuirs ainsi que leur qualité.

Évoquer les différentes variétés de cuir sera l’occasion de comprendre ce qui permet d’en estimer la qualité et de les distinguer.


Le veau, star incontestée du soulier.


Relativement souple mais solide, grain fin, robuste : le veau a beaucoup pour plaire. C’est lui qui compose la grande majorité des paires de souliers que l’on peut croiser car les propriétés évoquées sont particulièrement pertinentes dans le cadre de la fabrication et de l’utilisation de la chaussure.

Museum calf Yeossal austerity balmoral oxford
Nous avons ici un cuir de veau, le museum calf, reconnaissable avec sa finition marbré ©Yeossal

Selon les finitions, il est possible d’estimer la noblesse du cuir à l'œil et au toucher. Un boxcalf haut de gamme affichera tout d’abord une teinte très profonde, avec parfois quelques nuances selon la patine, et une texture fine, lisse, souvent brillante. Au toucher, on percevra cette finesse du grain par une sensation presque satinée très agréable. Travaillé en finition nubuck, le veau affiche une très belle couleur, profonde là aussi, et un aspect parfaitement uniforme et fin qui se retrouvera au toucher par cet effet peau de pêche très régulier.

Mocassin en Nubuck le Moc' J.M. Weston
Le Moc', fameux mocassin Weston en Nubuck. © J.M. Weston

Les défauts que l’on peut retrouver sur ce type de cuir concerne essentiellement la présence de veines et autres imperfections, ou bien des craquelures ou plis profonds assez disgracieux. En revanche, si la qualité est au rendez-vous dès le départ, votre pièce en veau traversera le temps et les époques. Il se patine extrêmement bien et tolère sans soucis les colorations, dans le cas où sa teinte viendrait à s'affadir. Même après des décennies d’oubli, certaines pièces de maroquinerie notamment nous parviennent et retrouvent un éclat tout à fait spectaculaire.


L'agneau : à la fois souple, doux & résistant.


Apprécié pour sa grande souplesse et sa tenue, il est particulièrement présent dans le prêt à porter, la ganterie et, dans une moindre proportion, dans la maroquinerie et le soulier. Son grain est extrêmement fin, et son toucher lorsqu’il est plongé ou nappa est absolument extraordinaire, le veau étant un peu plus sec. Passer la main sur ce cuir est le meilleur moyen d’en estimer la noblesse, vos sens ne vous tromperont pas…


Gantier Lavabre Cadet agneau
Rien qu'à l'oeil, on peut deviner le toucher soyeux de ce cuir en agneau glacé de la maison Lavabre Cadet. ©AmbassadeExcellence

Ceux qui souhaitent en faire l’expérience et se “faire la main” sont invités à se rendre au rayon ganterie d’un grand magasin ou d’une belle marque, et à toucher le produit. La sensation de satin de soie est saisissante. On l’utilise moins dans le soulier car sa souplesse n’est pas forcément adaptée, comme on a pu le dire, bien qu’il soit très résistant.


Comme le veau, il va se parer d’une très belle patine quoiqu’il puisse perdre un peu de sa souplesse et de sa main si douce avec le temps. Il est tout à fait possible de l’hydrater et, là encore, de retravailler la couleur au besoin : l’agneau sait traverser les années.

La chèvre, la plus fine des peaux.


Moins fréquemment utilisée que l’agneau et le veau, la chèvre n’en est pas moins très intéressante. Simplement, son extrême finesse et sa souplesse limitent quelque peu les usages possibles, bien que certains n’hésitent pas à relever le défi !

Blouson en cuir de chèvre velours Fursac
Quand le cuir se comporte comme un tissu : notez les plis et mouvement sur ce blouson. ©Fursac

Sans doute êtes-vous déjà tombés, au cours de vos flâneries, sur une veste en chèvre nubuck, douce comme un velours et fluide comme un satin de soie… Il est vrai qu’en prêt-à-porter, l’usage de cette matière fait l’unanimité pour sa proximité en terme de tomber avec un tissu. Il n’est pas rare de croiser également des cuirs lisses de chèvre en maroquinerie tandis que dans l’univers du soulier, ils sont cantonnés à quelques apparitions et dans le vestiaire féminin pour l’essentiel : tiges de mocassins très souples, lanières tressées de sandales… En terme de qualité, on va se rapprocher des critères de l’agneau à savoir grain régulier, et un velouté fin et sans défaut type veines pour les finitions nubuck et velours.


Le cerf et sa texture inimitable.


A la fois rare, précieux et discret, le cuir de cerf (très proche du renne) est une peau vraiment magnifique avec un grain bien marqué. On regrette qu'il soit peu utilisé notamment à cause de son cout élevé et de la “rareté” de l’animal, car sa grande robustesse et sa souplesse ravissent les amateurs. Plus épais que ses semblables, le cuir de cerf peut être employé dans la confection de manteaux ou de vestes, de sacs et également de souliers, quoiqu’on ne le croise que très rarement sur cette dernière catégorie de produit et presque exclusivement en mocassins.

Gants marron en cuir de cerf grain Bonnegueule
Le grain et la main moelleuse du cerf transparaissent bien sur ce visuel. ©BonneGueule

Niveau qualité, il semble peu probable de tomber sur un cuir de cerf de mauvaise facture. Cela s'explique par le fait qu'il n’est présent que dans le haut de gamme et le luxe et se révèle couteux à fabriquer. De toute manière, il faut être assez connaisseur pour parvenir à distinguer un veau grainé d'un cerf, la plupart des clients experts en la matière étant présents sur les segments supérieurs plutôt que sur l'entrée de gamme. 

Mais toute la qualité et la noblesse réside bien dans ce toucher absolument inimitable, moelleux, avec ce rebond particulier. Il s’agit d’une peau vraiment très agréable à manipuler, et la manière exceptionnelle dont les plis se marquent puis disparaissent dès que la peau se retend mérite le détour.

Baudoin & Lange deerskin loafers sagan
Un modèle emblématique de Baudoin & Lange en cerf. ©Baudoin&Lange

Pour terminer cet article “en beauté” si je puis dire, petit détour par l’atelier de glaçage et cirage du cuir, ultime étape de sublimation de cette matière si noble.


3 Pour le plaisir : teintes, patines, glaçages… Ces ultimes finitions qui font la différence.


L’objectif n’est pas, en ces lignes, de rentrer dans le détail des différentes méthodes et savoir-faire pour ce qui concerne la patine d’un cuir, son glaçage etc : cela fera l’objet d’un prochain papier. En revanche, il semble intéressant de transmettre au lecteur en quête d’expertise quelques éléments concernant ces ultimes et splendides finitions. Nous traiterons ici principalement du cas du soulier, bien qu’il soit possible d’utiliser certaines techniques abordées dans l’univers de la maroquinerie ou du prêt à porter. Nous débuterons par la teinte du cuir, puis par le glaçage des souliers.


  • L'art de la teinture du cuir....

Par nature, le cuir a une couleur grisâtre ou claire qu’il va bien sûr falloir teindre. On parle alors de "crust calf", un cuir de veau non teinté. Cela peut se faire selon diverses méthodes (teinture à l’alcool le plus souvent, à l’eau, ou acrylique). C’est véritablement cette étape qui va apporter tout son éclat au cuir ainsi que… sa couleur.


Elle s’effectue souvent au pinceau, à l’éponge, du coton ou avec les doigts en plusieurs fois. L'artisan dépose le colorant sur le cuir qui va soit l’absorber, soit le garder en surface selon la technique employée. Après un temps de séchage, l’opération peut être répétée plusieurs fois jusqu’à obtention de la couleur souhaitée. Il convient ensuite d'appliquer une crème sur le cuir de manière à intensifier et uniformiser la teinte, étape que l’on nome “crémage” et qui sera aussi effectuée lors de l’entretien régulier. Illustration en vidéo !


De la même manière qu’il y a plusieurs qualités de cuirs, il y a également plusieurs qualités de teinture. Le soin apporté au travail, la maitrise du savoir-faire et plus généralement la passion de l’artisan pour son métier se révèlent alors essentiels. Ces éléments ne sont pas matériels, pas “palpables”, ni mesurables, et il n’est pas toujours facile d’échanger directement avec la personne qui a réalisé la teinture ou l’entretien des souliers. Lorsque c’est possible, n'hésitez pas à discuter avec lui/elle, et fiez-vous à ce que vous ressentez lors de cette discussion !

Gaziano & Girling penny loafer Monaco bespoke
Gaziano & Girling, penny loafer "Monaco" bespoke, patine "Sapphire Patina" avec de belles teintes de bleu "©GazianoGirling

Pour entrer dans des considérations plus concrètes, visuellement, un travail de teinture de qualité offre avant tout des couleurs profondes. Sur des tons noirs, bleus, verts ou marrons, on aura alors une belle intensité et de subtiles reflets. Dans certains cas, une patine sera réalisée, parant le cuir de belles nuances : certaines zones seront plus ou moins foncées ou claires, et cela confère au soulier un certain relief. Par ailleurs, cela personnalise la pièce en raison du caractère unique de chaque coup de pinceau, et des possibilités infinies qui s’offrent au client !


Enfin, toute dernière étape facultative bien que souvent appréciée dans l’univers du soulier classique : le glaçage.


  • Un beau glaçage pour apporter des nuances de texture au soulier.

Cette étape, superflue mais fort élégante, vient lustrer le cuir de manière à générer une brillance très intense, presque miroir. Le cirage, par ailleurs aussi utilisé pour faire briller et légèrement imperméabiliser le reste du soulier, se combine ici à l’eau dans l’objectif de générer une émulsion. Ce mélange d’humidité et de cire va ainsi former une couche très fine et parfaitement lisse sur le cuir, lui conférant la brillance tant recherchée.

Mirror shine John Lobb shoegazing world championship
Ça, c'est du glaçage ! ©Shoegazing

L’uniformité et l’homogénéité de cette brillance ainsi que de ses reflets attestent d’un glaçage réussi. Les couleurs et toutes les nuances du cuir figées en dessous ressortent d’une manière qui, parfois, se révèle assez spectaculaire. En revanche, le glaçage est très fragile : la moindre petite éraflure ou même frottement parfois suffit à le marquer ou à l’atténuer. Heureusement… seuls un peu de cirage, d’eau et d’huile de coude sont nécessaires afin de le reproduire.

Yohei Fukuda oxford leather mirror shine
Le contraste entre le bout glacé et la tige mat est saisissant ! ©YoheiFukuda

C’est ainsi que nous allons conclure ce papier dédié au cuir, matière que l’on connait bien et que l’on aime pour sa grande capacité à traverser le temps. Tout n’a pas pu être abordé, l’idée étant de rester dans des considérations d’ordre assez général, mais si des questions venaient à se poser, n’hésitez pas à commenter cet article.